Saint-Pétersbourg, mythe littéraire

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Auteur : Troubetzkoy Wladimir

Saint-Pétersbourg, « des contrées de minuit parure et merveille » (Pouchkine), revient : toute la culture russe moderne, de l'architecture à la peinture, est née à Saint-Pétersbourg et de Saint-Pétersbourg. Un mythe d'engloutissement plane sur cette aurore boréale de palais, de statues, de romans, de poèmes et de symphonies : Saint-Pétersbourg est une Atlantide, qui ressurgit en Europe à partir des années 1990.

Mythopoétique et oniropoétique, hanté de légendes et de présences, Saint-Pétersbourg est la cité vivante du dialogue de la Russie avec l'Europe, de la Russie avec la Russie : « fenêtre ouverte sur l'Europe » (Algarotti), Saint-Pétersbourg est le gage de l'européanité de la culture russe.

Dès sa fondation, en 1703, Saint-Pétersbourg engendra des mythes tenaces. Pour la construire, Pierre le Grand mobilisa des dizaines de milliers d'ouvriers, dont beaucoup moururent, d'où la légende d'une ville édifiée sur des ossements. En moins de dix ans, à coup d'oukazes et de déplacements de population, le tsar fit surgir une ville qui devait surpasser toutes les capitales d'Europe. Bâtie sur le principe de la perspective " régulière ", elle serait un modèle d'ordre et de raison, le phare de l'Empire russe, une ouverture sur l'Europe. Les héritières du tsar, Elisabeth et surtout la Grande Catherine, reprirent l'ambitieux dessein de Pierre. Sous la houlette de Rastrelli, l'inventeur du baroque russe, palais et églises se multiplient. La cour de Pétersbourg vit alors au rythme des bals masqués et des feux d'artifice, et leur magnificence fait dire aux étrangers que les impératrices, à l'instar de Louis XIV, veulent ruiner la haute noblesse. S'affirmant digne héritière du tsar fondateur, Catherine érige la célèbre statue de Pierre le Grand. A la fois Auguste et Mécène, elle transpose les rêves d'architecture néoclassique de l'Occident, couvre la capitale de colonnades et fait construire l'Ermitage où elle réunit ses collections de peinture. Au XIXe siècle, salons littéraires, cabinets de lecture, spectacles font de Pétersbourg une grande capitale européenne. La cité est en même temps le centre d'un Etat en pleine expansion, qui s'affiche à l'occasion des parades militaires de Nicolas Ier et dont le dynamisme surprend les étrangers. A la fin du siècle, la révolution industrielle bouleverse le visage de Pétersbourg alors même que la société russe s'y enracine. La ville semble cependant marquée par la malédiction originelle qui, de Pouchkine à Dostoïevski, imprègne toute la littérature et que viennent illustrer des événement tragiques : l'inondation de 1824, l'assassinat d'Alexandre II, le Dimanche rouge de 1905. En 1914, Saint-Pétersbourg perd son nom : après la Révolution de 1917, elle cède à Moscou son statut de capitale, avant d'entrer dans l'ère soviétique.

FAYARD, Collection HISTOIRE DES GRANDES VILLES
ISBN : 2-13-051553-3
Broché / 170 pages.

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