Krjijanovski Siguizmound : Estampillé Moscou

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C’est à une promenade topographique et physiologique, dont le pas est la mesure et l’enseigne l’horizon, que Krzyzanowski nous convie dans ces trois textes consacrés à Moscou.
Moscovite d’adoption, arpenteur infatigable, il déchiffre pour nous la ville-livre, ce condensé du monde qui est un des fondements de sa prose. Il tente d’en retracer l’histoire, de décrire l’avènement du nouveau tout en fixant la disparition de l’ancien et, par de courts récits, de brosser les tableaux de la vie pendant la guerre dans ce qu’elle a de plus concret.
Son trait épingle avec art le détail ; l’architecture s’anime, et apparaît tout un petit peuple d’anonymes qu’il peint avec un réalisme qui prend parfois des accents d’étrangeté.
Il nous livre ici en quelque sorte ses instantanés de la capitale.

ISBN : 2-86432-248-XFormat : BrochéAuteur : Siguizmound Krjijanovski
Editeur : Verdier (Editions)
Date de parution : 1996-12-01

Moscou est vaste et ses trottoirs étroits, et c’est pourquoi la ville s’empêtre : coudes s’accrochant aux coudes, serviettes cognant ballots et paniers... Pourtant, les trottoirs bondés sont d’ordinaire muets. La chaussée pavée gronde et résonne, tandis que sur les bas-côtés, on s’entasse et on se tait : les mots sont bouclés dans les serviettes, pliés en quatre dans les kiosques, enfouis sous les casquettes et les bonnets. Mais pour peu que le regard s’élève de trente degrés... voilà que les mots resurgissent.
Sur le fer bariolé des enseignes, s’affichent la pensée quotidienne, les mots de tous les jours, les phrases ordinaires, bref, tout ce qui se dissimule sous le double couvercle du crâne et du bonnet, en bas, au-dedans des passants affairés qui se pressent en silence :
Tout pour l’enfant (et pour beaucoup de ceux qui sont là, en bas) ;
Un intérieur bien entretenu ;
Coiffeur pour amateurs du travail bien fait (que le regard s’abaisse de trente degrés et il repérera aussitôt lesdits amateurs, chaque jour plus nombreux).
Brasseries : Au rendez-vous du bon causeur ; L’Avance ; Aux deux amis ; L’Atelier (au marché Smolenski) ; À la lune ; La Planète.
Au-dessus des piétons pressés, s’arrondissent des cadrans peints dont les aiguilles s’animent à chaque minute. Et cette minute en bas se fiche dans les cerveaux et pousse en avant la foule des passants sur le ruban des trottoirs. Si vos yeux vont fouiller le lexique bien particulier qui suspend ses pages métalliques au-dessus de l’agitation des rues, vous ne pourrez échapper au regard fixe et perçant des gigantesques prunelles peintes dans l’ovale de verre bleu sur l’enseigne de l’opticien. Et si vous vous dégagez de la cohue pour gagner la chaussée et examiner plus longuement et plus attentivement ces yeux arrachés à l’homme et accrochés dans le vide, vous vous apercevrez bientôt que leur expression est celle de la ville tout entière et qu’on la retrouve sous toutes les visières et sous tous les chapeaux.

Estampillé Moscou

Sigismund Krzyzanowski

Récits
Traduits du russe par Éléna Maïski avec la collaboration de Catherine Perrel

160 pages

Ils ne sont jamais cités dans les classements d’incontournables et ne figurent pas dans le « dernier inventaire » de Beigbeder, mais ce sont des chefs-d’œuvre quand même. La contre-bibliothèque idéale de Chronic’art, avec ce mois-ci… Sigismund Krzyzanowski.

Nombre d’écrivains furent publiés puis oubliés. Krzyzanowski, lui, est tombé dans l’oubli avant même d’être publié, presque aucune de ses 3 000 pages n’étant paru de son vivant. Au lieu de se lamenter sur sa détresse à Moscou, ville qui le censura mais qu’il ne quittera jamais, jusqu’à sa mort en 1950, il a puisé dans sa mise sous silence des fables aussi truculentes qu’émouvantes. On trouve ainsi chez Verdier (sans qui personne ne pourrait le lire en France) Le Club des tueurs de lettres, texte dans lequel des écrivains prennent un malin plaisir à détruire les récits dont ils ont à peine eu le temps d’accoucher. C’est dire si l’effacement des signes hante l’ouvre de cet inlassable arpenteur moscovite. Ses seuls bagages : une carte de la ville, des études de droit et de solides lectures russes. Mais en même temps, on le sent également affamé de contes à la Andersen, de linguistique, d’arithmétique. Dans Estampillé Moscou, le meilleur de ses cinq récits disponibles en français aujourd’hui, chiffres et lettres s’animent sous une plume soucieuse de n’écrire que sur ce qui a été rayé, et pour ceux qui ont été rayés ». Rayés de la carte mais pas de sa mémoire, remparts et incendies de la vieille Moscou livrent ainsi leurs secrets dans la première partie, constituée de lettres écrites après la Révolution russe. Une Révolution abordée sous l’angle pointilliste de l’individu, du détail pioché dans la rue ou au creux des pancartes urbaines, dont il révèle toutes les significations cachées. Puis la Révolution passe : « L’accélération qu’elle a imprimée au quotidien a détruit le quotidien ». Sans nostalgie mais avec un redoutable sens de l’observation, il dresse à travers une galerie d’anonymes le portrait de Moscou durant la première année de la guerre ». Tout est là : le conteur lorgnant habituellement sur le fantastique s’y révèle d’un réalisme décisif, car toujours perçu à l’aune de ce qui anime le langage. Aussi proche en cela de Grime que de Borges, il cause aux barricades, joue des paraboles et rend hommage à sa ville, « ronde comme un tampon, qui s’élargit avec le temps en prenant des couleurs différentes : non, elle ne m’échappera pas. Je vais la prendre aux tenailles ».

Informations complémentaires

Poids 0,35 kg