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Magris Claudio : Danube (Prix Strega, Erasme, Prince Asturies)

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Claudio Magris (Trieste, 10 avril 1939) est un écrivain, un germaniste et un journaliste italien, héritier de la tradition culturelle de la Mitteleuropa dont il a contribué à la définition. Il a obtenu le prix Strega en 1997 et le prix Erasme en 2001. Il écrit notamment pour le Corriere della Sera.

Il a obtenu le Prix Prince des Asturies pour la littérature 2004, considéré comme le prix Nobel espagnol : «Reunido en Oviedo el Jurado del Premio Príncipe de Asturias de las Letras 2004 [...], acuerda conceder el premio a D. Claudio Magris. Claudio Magris encarna en su escritura la mejor tradición humanista y representa la imagen plural de la literatura europea al comienzo del siglo XXI. Una Europa diversa y sin fronteras, solidaria y dispuesta al diálogo de culturas. En sus libros muestra Magris, con poderosa voz narrativa, espacios que componen un territorio de libertad, y en ellos se configura un anhelo: el de la unidad europea en su diversidad histórica.» (rassemblé à Oviedo, le jury du prix a décidé d'attribuer le prix au Dr Claudio Magris. C. Magris incarne avec son écriture la meilleure tradition humaniste et représente l'image plurielle de la littérature européenne du debut du XXIe siècle. Une Europe différente et sans frontières, solidaire et prête au dialogue interculturel. Avec une puissante voix narrative, Magris indique dans ses livres des espaces qui composent un territoire de liberté, et en eux se cristallise un désir : celui de l'unité européenne dans sa diversité historique).

«Come Odisseo, cerca di essere nessuno, per salvare dalla presa del potere qualcosa di proprio, una vita sua: inappariscente, nascosta, marginale, ma sua» (Comme Ulysse, il cherche de n'être personne, pour sauver de toute prise du pouvoir quelque chose de sien, une vie à lui : lisse, cachée, marginale, mais sienne) [tiré de l'émission radio, Lo specchio del cielo – Autoritratti segreti – Rencontre avec Claudio Magris, par Lorenzo Mondo, RAI, RadioDue, 1986]

C'est l'auteur notamment de Danube (1986), un essai-fleuve où il parcourt le Danube de sa source allemande à la mer Noire, en traversant peu à peu l'Europe centrale.

Il a été sénateur (Senato della Repubblica) de 1994 à 1996.

Titre : Danube
Auteur : Claudio Magris

Editeur : GALLIMARD
Isbn : 2-07-038252-4 / Ean 13 : 9782070382521
Collection : FOLIO
Caractéristiques : Poche

Claudio Magris a descendu le Danube, comme Wilhelm Meister a traversé l'Allemagne : pour aller à la rencontre de soi, par la découverte des autres. "Danube" est un récit de voyage, il peut également être utilisé comme un merveilleux guide, mais c'est avant tout une réflexion morale, l'acte d'un homme qui entreprend de se demander ce que signifie, tout uniment, une vie d'homme. Avec "Danube", Magris entreprend le grand voyage qui mène de l'affirmation de son identité à la fascination pour l'étrangeté du monde, de l'exploration du monde à la nécessité de se trouver un centre, une règle, une éthique.

Ce n'est évidemment pas par accident que ce vagabondage initiatique choisit le Danube pour se déployer. Au fil des 3000 kilomètres qui mènent de sa source, en Forêt Noire, au delta, en Mer Noire, ce fleuve, beau comme l'archétype même de tous les fleuves, dit le temps qui passe, et les légendes qui le transmettent. Il dit l'Histoire qui bouleverse, et la pérennité têtue des paysages, les brutalités infligées aux peuples, et leur grandeur. Parce qu'il coule à travers toute la Mitteleuropa, il est le symbole magnifique des mondes qui s'effondrent, et qui se refont. Mais ce que Magris va chercher le long de ses berges, c'est moins le souvenir d'un grand Empire qui s'est décomposé, que les traces de ce qui fut, les mélanges qui s'y opérèrent, la singularité de chaque coin de terre.

Magris, dont on sait qu'il est un spécialiste de l'ère des Habsbourg et de la culture autrichienne fin de siècle, qu'il a écrit des études importantes sur W.Heinse et sur Roth, ne pratique pas ici le regret. Ce qui lui importe, ce sont les questions que pose un double mouvement : celui du temps, celui des frontières. Il ne s'agit en aucun cas pour lui de le déplorer, mais tout au contraire, de transformer ce qui pourrait s'y dire de possibilité d'effacement, en affirmation du pouvoir de la mémoire, et en célébration discrète du grand jeu déroutant du vivant. Il descend le fleuve, il salue, ville par ville, le formidable poids du passé, mais c'est pour en voir la particulière beauté aujourd'hui. Tout au long du Danube, c'est moins aux écrivains qu'il fait référence, qu'au génie du lieu, tel que l'ont inventé les faits réels, les anecdotes, les gens, tel aussi, parfois, que subitement il s'offre à lui, Magris, au détour d'une rue, ou dans un café, saisi par son regard à lui, sa disponibilité, son propre réseau d'images. Magris n'entend pas proposer un Baedeker danubien, même littéraire. Il va, il se laisse porter par les méandres du fleuve, il se laisse envahir par ses souvenirs, par la mémoire commune, il se situe, et se dépouille, pour mieux lentement appréhender l'essence de cette vieille Europe du milieu, et écouter ce qui en lui fait écho à la fin de la Cacanie, et à sa métamorphose en petits Etats compliqués.

Magris se promène, de petits chapitres en petits chapitres, fait la pause, commente ses réactions, se laisse, splendidement, inquiéter. Tout "Danube" tient dans la conjugaison du bonheur pris à regarder, à décrire, à "lire" le paysage, et du vertige devant la question de la sagesse à faire advenir en soi, alors que l'Histoire exhibe sa folie. Magris n'est jamais là où on l'attend. Il glisse sur Vienne, il se contente de quelques allusions à Musil ou Roth, alors qu'il rêve tranquillement autour de Stifter, et est exactement fasciné par la multiplicité des langues en Roumanie. Mais c'est que Stifter, le grand romancier autrichien, lui parle d'un rapport à la vie, humble, obstiné, qui se satisfait de regarder l'arbre d'en face et de transformer ce simple regard en action de grâces, c'est que les vingt-quatre groupes ethniques de la Volvodine, le hongrois, le serbe, l'allemand, le slovaque, l'ukrainien, le yiddish, présents en Roumanie, lui évoquent un passé insurmontable, une richesse irréductiblement vivante, malgré tous les efforts contraires, une diversité fabuleuse que rien jusqu'à maintenant n'a pu tuer. Plus que l'effacement, c'est la trace qui lui importe. Tout ce qui fait résistance au néant. A l'oubli. A l'indifférence. A la neutralisation des valeurs.

Magris ne parcourt pas la Mitteleuropa pour nourrir sa nostalgie. Tout au contriare, il la définit comme "une grande civilisation de la défense, des barrières opposées de la vie", pour lui "la culture danubienne est une forteresse", et quand il fait allusion à un de ses héros, Musil, c'est pour remarquer qu'il "n'aurait jamais pu écrire l'Evangile", alors que "Dostoievski y est presque arrivé". Magris n'est pas vraiment un ardent défenseur de la vieille Europe du centre, il lui reconnait sa force d'ironie, son élégance, mais il n'est pas sûr que c'est lui qui permettra, à lui, homme de cinquante ans, homme de livres, citoyen d'un monde effrayant, de vivre. Ce qu'obstinément il traque, c'est l'horreur du mépris, la crainte de l'autre, l'étranger, la toute-puissante bêtise. Ce qui est omniprésent, dans ce Voyage, c'est le nazisme, de Céline à Heidegger, d'Auschwitz aux vieux juifs qui, à 80 ans, écrivent, pour la première fois, des poèmes. Toute la beauté de ce livre tient à la souffrance discrète de Magris, à cette butée contre l'enfer, à cette obsession de la mort, de la mise à mort, qu'il repère aussi bien dans l'indifférence qu'on éprouve envers les formes de vie animales, que dans le renoncement à la réflexion.

Le Danube est, littéralement, un pré-texte : il lui permet de faire jouer toutes les données qu'il possède, toutes les amours et ses indignations, de les faire converser avec les données du réel, détail livresque ou contemplation, pour tracer le champ de ses perturbations, et chercher un apaisement. Mais ses perturbations, il nous les donne, il les fait nôtres. Il les fait nôtres en cassant les fantasmes autour de la Mitteleuropa, en privilégiant son "babelisme", en rappelant les chagrins des peuples, en insistant sur leur extravagante incompréhension les uns des autres, en faisant trembler les frontières. Il les fait nôtres en nous invitant à suivre le cheminement mental d'un homme, dans sa pluralité, dans ses contradictions : au long d'un monologue intérieur tramé de faits, d'informations érudites ou bizarres, qui dérivent vers une émotion, puis se construit une théorie, et on continue. Il y a là un courage et une liberté fastueuse, qui suscitent à la fois une rêverie joyeuse, et le retour sur soi.

Quand on apprend que le Delta est le royaume des Lipovènes, ces Vieux-Croyants venus jadis de Moldavie parce qu'ils refusaient de croire au même Dieu que le Tsar, qu'un ingénieur a consacré sa vie au Danube, sur lequel il a écrit 2614 pages, qu'il y a là-bas un tout petit coin de France, réservé à la tombe vide de La Tour d'Auvergne, on est heureux. On flâne dans un immense roman, tout en tours et détours. Quand on lit que la syntaxe de Jean-Paul est à l'image de l'Allemagne d'alors, tout en particularismes, close sur son village, et dépourvue de centre, on est stimulé. Et, ayant ainsi accès à notre propre pouvoir de rêverie douce et d'organisation de notre réflexion, nous sommes prêts à entendre cette voix qui, modestement, radicament, se demande comment penser l'atrocité, la douleur, comment vivre la peine, comme vivre, tout court. Magris est un contemporain : c'est dire qu'il ne se remet pas du deuil de la totalité, de l'impossibilité des synthèses globales, tout en reconnaissant leur leurre. C'est dire aussi qu'il sait qu'un homme, c'est une mémoire double, la sienne propre, et celle de son temps, et qu'il faut se débrouiller avec ça. Il n'y a plus de héros, parce que tout le monde l'est.

Le récit de Magris a des accents comparables à ceux de Walter Benjamin. Il faut faire du savoir un acte, lire le monde et se lire semblablement, tout en restant ouvert à l'étrange confluent où l'individu devient impersonnel, tout comme le Danube, gros de milliers de ruisseaux, devient le Danube, puis se perd dans la mer. Magris est un mystique d'aujourd'hui : nerveux, laconique, il cherche la joie, et la dignité. Au terme du parcours, on a fait un chemin qui, du passé jusqu'à maintenant, de la littérature aux échos de village, du génocide à l'idiotie banale, de l'"illumination" devant un visage ou une place au détail d'une colonne, nous permet de regarder avec plus de défiance l'individu multiple que nous sommes. "Danube" est le livre du milieu du chemin, du milieu d'une vie : il est porteur de gaieté et de trouble, comme un Montaigne électrisé.

Informations complémentaires

Poids 0.40 kg