Dragan Velikic : Le mur Nord

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Dragan Velikic est né à Belgrade en 1953. Depuis 1983, il publie des romans, des recueils de nouvelles et des essais. Il a aussi publié des articles dans plusieurs journaux européens, Die Zeit, Libération, Profil... Ses ouvrages sont traduits en de nombreuses langues (anglais, allemand, italien, slovène, tchèque, hongrois, roumain et polonais). Depuis 1993, il partage sa vie entre Munich, Vienne, Budapest et Berlin. Pour la première fois depuis des années, il est retourné en Yougoslavie début 2001.

Traduit du serbo-croate par Alain Cappon

N° ISBN: 2-910030-84-9

1993-1994. Olga, Serbe de Belgrade, fuit la guerre qui fait rage en Bosnie et s’exile à Vienne, où elle rejoint son mari Andrej. Transplantée dans une ville dont elle ne parle pas la langue, son existence s’englue dans l’apathie et la désespérance. Olga cherche au hasard de ses souvenirs et de ses rencontres de quoi meubler le vide de plus en plus béant de son couple et de son existence. En contrepoint à cet exil et cette béance, le récit s’échappe et s’attarde sur un autre couple en un autre temps : James Joyce et sa femme Nora, en exil à Pula, à Trieste, à Zurich. Les tentatives de séduction de Amelija et Marta sur Joyce. Et un autre couple, celui formé par la nièce de Marta, Rita, et Tibor.

Voilà les destins parallèles d’individus qui fuient la réalité dans l’espoir d’en trouver une autre, illusoire sans doute, dans l’espoir de prendre le large et de jeter l’encre ailleurs, loin au-delà de l’océan.

L’exil, jugé préférable à la réalité : l’exil plutôt que la vulgarité qui règne à Belgrade, plutôt que les préjugés et l’obligation de faire ce en quoi on ne croit plus, l’exil plutôt que le régime policier de la Belgrade fantôme de 1949, plutôt que l’effondrement de la Yougoslavie de 1993-1994. L’exil plutôt que la sensation de vivre «comme une mouche emprisonnée dans un double-vitrage».

Extrait :

Ils sont couchés dans la chambre, dans l’obscurité glacée, blottis l’un contre l’autre. Les longs doigts du jeune homme redessinent les larges épaules de sa femme, les lignes de ses bras, s’insinuent sous la chemise de nuit de flanelle. Il aime à caresser la peau tendre sans mot dire. Avant que de la couvrir, il regarde une fois encore mentalement la maison isolée sur la colline au-delà de la digue.

– Le Pigeonnier, murmure-t-il.

Ils halètent dans les ténèbres de la chambre. Dans la rue, on n’entend plus les tramways. La ville a plongé dans la nuit provinciale, longue et vide.

Leurs corps sont animés d’un rythme lent. Les pensées du jeune homme se succèdent, fulgurantes. Des armées entières traversent des paysages de vastes plaines, puis des galères, les corps féeriques des filles dans les rues sombres de Dublin. Le nez en forme de poivron de Paddy, l’organiste ivrogne de Grafton Street. La petite annonce dans le Irish Times’: “Branleur recherche secrétaire pour taper poèmes à la machine.” L’orgue de Paddy disparaît dans les allées de St Stephen’s Green. Le chapiteau jaune du cirque s’abaisse sur la ville en ébullition. Les rugissements des lions glacent le sang des enfants. Les rochers noirs au pied de Martello Tower. Et le panneau: Réservé aux messieurs. Port du maillot de bain obligatoire après neuf heures du matin.

Informations complémentaires

Poids 0.55 kg